À Anduze, le paysage explique le surnom de « porte des Cévennes ». Le Gardon passe entre les rochers de Saint-Julien et de Peyremale avant de gagner la plaine; la vieille ville s’est installée à ce passage resserré. Cette position a fait d’Anduze un carrefour entre les vallées et les marchés du bas pays. Elle donne encore sa forme à la visite: quelques rues anciennes, une place de marché, des ateliers de potiers et, tout autour, des itinéraires vers les Gardons et les premiers reliefs cévenols.
La commune compte 3 391 habitants dans la population municipale du recensement millésimé 2023. Le chiffre concerne l’ensemble communal et non le seul centre ancien; il ne s’agit pas non plus de la population totale, qui inclut les personnes comptées à part. Dans le fichier INSEE le plus récent sur les établissements, Anduze avait 208 établissements employeurs à la fin de 2024 et 1 292 emplois salariés présents durant la dernière semaine de décembre. Le commerce, les transports et les services divers représentaient 147 établissements et 697 postes salariés. Ces catégories reflètent le rôle d’un petit centre de services. Elles ne sont pas une statistique de l’emploi touristique, même si la politique culturelle municipale a relevé le caractère saisonnier de l’activité estivale.
Une ancienne place forte devenue ville de marché
Les documents d’urbanisme de la commune font remonter la seigneurie d’Anduze au début du Xe siècle et décrivent un habitat défensif qui descendait du rocher Saint-Julien vers le Gardon. Une enceinte est entreprise au XIIe siècle. Au XVIe siècle, Anduze devient un foyer important de la Réforme dans les Cévennes: les sources municipales et touristiques indiquent qu’une grande partie de la population adopte le protestantisme. Un premier temple est édifié en 1602. Dans les guerres de religion du siècle suivant, la ville fortifiée est une place stratégique; après la paix d’Alès en 1629, ses remparts sont démantelés sur ordre royal.
La tour de l’Horloge permet de voir ce passé dans la pierre. D’abord appelée tour Ronde, elle est bâtie par étapes au XIVe siècle pour surveiller et défendre la cité. Une horloge y est installée en 1569, ce qui, selon le récit municipal, contribue à la préserver lors du démantèlement des fortifications. Des corbeaux de pierre témoignent encore des galeries de défense en bois; des transformations ultérieures ont ajouté des canonnières. Haute d’environ 22 mètres, inscrite au titre des monuments historiques depuis 1978, la tour offre depuis sa terrasse une lecture du centre et de la vallée lorsque l’accès est ouvert.
Les édifices religieux racontent la suite sans réduire la ville à une seule confession. Le temple protestant actuel, sur le Plan de Brie, est construit entre 1818 et 1823 à l’emplacement d’anciennes casernes royales. Classé, il a été restauré entre 2022 et 2024 et rouvert fin août 2024, selon la mairie, pour le culte et les activités culturelles. Le temple de 1602 avait été détruit en 1686 après la révocation de l’édit de Nantes. L’église catholique Saint-Étienne, sur la place de la République en hauteur, est consacrée en 1688. Son clocher, plus ancien et désaxé, pourrait reposer sur une tour du premier château des seigneurs d’Anduze: la ville présente cela comme une hypothèse.
Le Plan de Brie est un point de départ pratique: les deux ailes qui flanquent le temple accueillent l’hôtel de ville et l’office de tourisme. Les ruelles conduisent à la place Couverte, créée au milieu du XVe siècle comme espace commercial et devenue le cœur historique du bourg. La fontaine Pagode y est datée de 1649 et protégée comme monument historique depuis 1914. La mairie rapporte qu’un marchand revenu d’Asie aurait fait don de l’ouvrage, impressionné par l’architecture orientale; cette origine est un récit transmis avec prudence, pas un fait établi. La place, la tour et les deux édifices religieux se visitent à pied dans un circuit assez court, avec des détours possibles vers les anciennes prisons et les ruelles commerçantes.
Le vase d’Anduze, entre savoir-faire et légende
Le vase d’Anduze est un objet de jardin autant qu’une signature territoriale. Sa silhouette en cloche renversée repose sur un piédouche; guirlandes, mascarons et émaux colorés composent les décors que l’on reconnaît au premier regard. D’après Cévennes Tourisme, la région produit des poteries depuis le Moyen Âge: vaisselle, tuiles, tuyaux et jarres à huile. Le vase conçu pour les orangers et les citronniers apparaît au XVIIe siècle. Sa taille permettait de rentrer les arbres sous serre l’hiver; cette fonction horticole est au cœur de son dessin.
Son origine est aussi racontée sous forme de légende. Une tradition fait naître le vase à la foire de Beaucaire en 1610, lorsqu’un potier aurait pris modèle sur des vases italiens de type Médicis. Une autre l’imagine dans les jardins de Versailles sous Louis XIV. Le récit de Cévennes Tourisme précise que les comptes de la Maison du Roi ne montrent pas de commande adressée à Anduze, même si des tessons témoignent de la présence de vases dans de grands jardins parisiens. Ce qui est attesté est la production du XVIIe siècle puis son essor régional: vers 1850, une trentaine de patrons et ouvriers potiers fabriquaient ces vases; les ateliers se répartissaient entre Anduze, Saint-Jean-du-Gard, Tornac et d’autres communes proches.
La tradition n’est pas seulement mise en vitrine. La Route du Vase d’Anduze met aujourd’hui en valeur neuf poteries; les fabricants perpétuent les gestes du tournage et du décor tout en faisant évoluer émaux, patines et formes contemporaines. Certains ateliers se trouvent en ville, d’autres dans les communes alentour. L’accès aux démonstrations et les heures d’ouverture ne sont pas uniformes: mieux vaut vérifier auprès du fabricant. Le jeudi, le marché prolonge l’ambiance d’échange de la place Couverte. Cévennes Tourisme annonce les étals de 8 h à 13 h, avec légumes, fruits, fromages, charcuteries, pains, épices et poissons. Des marchés nocturnes sont aussi proposés le mardi en été, selon calendrier.
Le Gardon et les échappées des Cévennes
Le Gardon d’Anduze se forme en amont à la rencontre des Gardons de Saint-Jean et de Mialet. Il traverse ensuite la ville entre les deux rochers et déroule un lit de galets. Des digues canalisent le cours d’eau pour protéger le bâti des crues rapides appelées « gardonnades ». La rivière, les belvédères et les chemins autour de Saint-Julien offrent une autre manière de découvrir la commune. Les conditions du Gardon évoluent vite après la pluie; il faut suivre les alertes locales et ne se baigner que dans les secteurs autorisés.
À environ trois kilomètres, sur la commune de Générargues, la Bambouseraie en Cévennes propose une escapade botanique d’ampleur. Eugène Mazel en lance la création en 1856; le jardin annonce aujourd’hui 14 hectares et plus de 1 300 variétés de bambous, d’arbres et de plantes. Les allées boisées et les espaces thématiques méritent une demi-journée plutôt qu’un arrêt improvisé. Le parc a ses propres horaires et sa saison de visite; il faut les consulter avant de partir. Le Train à Vapeur des Cévennes relie Anduze et Saint-Jean-du-Gard sur 13 km, avec un arrêt possible à la Bambouseraie. C’est une ligne touristique à calendrier variable, pas une desserte ferroviaire quotidienne.
Les randonneurs peuvent rejoindre le GR 670, Chemin Urbain V, qui traverse Anduze sur son itinéraire de Saint-Flour à Avignon. L’office de tourisme décrit une étape d’environ 18 km entre Saint-Jean-du-Gard et Anduze; elle demande une préparation de randonnée, notamment pour l’eau, la météo et le transport de retour. Pour une sortie plus courte, une montée vers les ruines du fort de Rohan sur Saint-Julien ouvre un panorama sur la plaine du Gardon et les montagnes, sous réserve de l’état des sentiers. Pour poursuivre la découverte du pays, Saint-Jean-du-Gard et son musée Maison Rouge permettent d’aborder les usages des plantes et l’histoire des vallées.
Les déplacements vers Anduze se font surtout par la route. La mairie estime Alès à une vingtaine de minutes et Nîmes ou Montpellier à environ une heure, valeurs indicatives qui changent avec le trafic. La gare ferroviaire la plus proche est à Alès; Nîmes et Nîmes-Pont-du-Gard offrent l’accès aux trains à grande vitesse. La municipalité mentionne les cars liO de la ligne 112 entre Nîmes et Saint-Jean-du-Gard ainsi que les liaisons régulières du réseau Ales’Y avec Alès. Les horaires doivent être contrôlés pour la date du trajet, en particulier les jours scolaires et les périodes de vacances. Hébergements, restaurants et office de tourisme permettent d’organiser un séjour au-delà de l’excursion. En une journée, reliez la tour, la fontaine, le temple, Saint-Étienne, le marché et un atelier; ajoutez la Bambouseraie ou le train à vapeur si vous restez plus longtemps. Anduze montre ainsi comment un seuil géographique peut devenir un lieu de commerce, de mémoire et de transmission des savoir-faire.