À Nivelles, la collégiale domine la Grand-Place, mais elle ne raconte pas seule la ville. Autour d'elle se lisent une abbaye devenue foyer marchand, des bourgeois en débat avec les abbesses et les ducs, les destructions de mai 1940 et la vie présente d'une cité de services, de parcs, d'entreprises et de navetteurs. Cette ville du Brabant wallon gagne à être parcourue au-delà d'un seul monument.

Une origine abbatiale, pas un mythe antique

Le bulletin communal de l'année Gertrude rattache le développement de Nivelles à un monastère du VIIe siècle associé à Gertrude, fille de Pépin de Landen et d'Itte, devenue sa première abbesse. Une agglomération grandit autour de la communauté et du pèlerinage. Il s'agit d'un récit du haut Moyen Âge documenté, non d'une fondation urbaine romaine. Les miracles attribués à Gertrude relèvent de la tradition de son culte; ils ne sont pas des événements historiquement démontrés. Le Tour Sainte-Gertrude, procession attestée depuis 1276, a marqué son 750e anniversaire en 2026.

L'actuelle collégiale fut rebâtie à partir des environs de l'an mil dans des formes ottoniennes et romanes, puis consacrée en 1046. Ses deux chœurs opposés, ses transepts et sa vaste crypte invitent à dépasser la vue de la seule façade occidentale. Destination Brabant wallon renseigne des visites de la crypte, du sous-sol archéologique, du cloître et du clocher. Sur la tourelle sud, le jacquemart Jean de Nivelles mérite aussi qu'on lève les yeux. Se renseigner avant de partir: une entrée libre dans l'église et une visite guidée des espaces souterrains ne se confondent pas.

Nivelles devint une ville marchande du duché de Brabant. Le service patrimonial wallon rappelle l'enceinte du XIIIe siècle et les rapports de force entre abbesses, ducs et bourgeois. La tour Simone en reste le témoin visible; son plan en relief représente la ville vers 1600. Cette histoire politique empêche de réduire Nivelles à l'image d'un paisible hameau dépendant de l'abbaye.

Les traces de 1940 et les rues épargnées

Le bombardement allemand du 14 mai 1940 endommagea la collégiale et fit disparaître une grande part de son mobilier. L'ancienne châsse fondit; des fragments sauvegardés furent remontés pour être montrés et une nouvelle châsse contemporaine fut créée pour la procession. Cette histoire des pertes et restaurations explique ce que l'on voit: un édifice médiéval traversé par le XXe siècle. Le quartier Saint-Jacques, lui, échappa largement à la destruction. Ses ruelles pavées, une maison Renaissance du XVIe siècle et la Grange Bayard du XVIIIe donnent une autre mesure de la ville. Le quartier conserve dans son nom le souvenir des institutions accueillant les pèlerins de Compostelle. Cela ne signifie pas que toute la ville ait gardé intact son tissu ancien.

Un itinéraire de promenade régional relie Grand-Place, tour Simone, Saint-Jacques et parc de la Dodaine. Le parc réunit jardins à la française et à l'anglaise, étang, pelouses et plaine de jeux; l'entrée est gratuite et il ouvre chaque jour. C'est un espace d'usage quotidien, non une simple annexe touristique. Le musée communal, dans une maison du XVIIIe siècle rue de Bruxelles, conserve sculptures gothiques brabançonnes, modèles de Laurent Delvaux et collections archéologiques. Ses objets gallo-romains attestent une présence dans la région, pas la fondation romaine de la cité médiévale.

Une ville qui mange, travaille et se déplace

La promotion touristique wallonne invite à goûter la tarte al djote, tarte salée aux bettes, au fromage et au beurre, et le biscuit appelé canestia. Boulangeries et restaurants prolongent cette culture vivante. Mais l'économie locale ne se limite pas au patrimoine: une étude wallonne de mobilité situe des pôles d'emploi à Nivelles-Sud, Nivelles-Nord, dans l'aire commerciale et au centre-ville. Commerces, services et parcs d'activités côtoient les déplacements domicile-travail vers Bruxelles. Au Registre national, la commune comptait 29 808 habitants au 1er janvier 2026; ce total concerne tout le territoire communal et non le seul centre historique.

La SNCB documente l'axe Charleroi–Nivelles–Bruxelles: on peut donc venir de l'une ou l'autre ville, sans supposer un temps de trajet fixe. Le bâtiment de gare ouvert en 2022 comprend guichet, salle d'attente, arrêts de bus et stationnement vélo. Les travaux et services évoluent; consulter le planificateur actuel. Du train, gagner le centre à pied ou en bus. Waterloo, Genappe et les ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville sont d'autres lieux du Brabant, pas des monuments situés dans Nivelles. Vérifier aussi les horaires de la crypte, du musée et des restaurants. Une journée bien pensée laisse du temps à la Grand-Place comme aux rues qui ont poursuivi leur histoire après 1940.